Il suffit d'une feuille…
Par Larry Hodgson
Le mois dernier, cette chronique vous a fait découvrir l'univers fascinant de la multiplication des végétaux par le non moins mystérieux bouturage des tiges… et ce mois-ci, peut-être l'événement le plus miraculeux de tous: le bouturage des feuilles.
Mais comment se fait-il, qu'une plante puisse se régénérer à partir d'une seule feuille? Après tout, si on peut comparer le bouturage d'une tige à la possibilité de régénérer tout un être humain à partir d'un seul doigt, le bouturage d'une feuille devrait être l'équivalent de reproduire un être humain à partir d'un seul cheveu! C'est l'un de ces petits miracles de tous les jours que le règne végétal nous offre comme si c'était tout à fait normal alors que l'on sait très bien que le processus frise l'impossible!
Pas pour toutes les plantes!
Alors que toutes les plantes peuvent germer à partir d'une graine (les rarissimes exceptions sont presque toutes des créations artificielles) et que la majorité des plantes peuvent éventuellement se reproduire à partir d'une bouture de tige, seulement une petite minorité de végétaux s'offre la possibilité de se régénérer à partir d'une feuille. C'est d'ailleurs un phénomène limité aux plantes d'origine tropicale, surtout celles qui ont des feuilles épaisses. En effet, les feuilles charnues contiennent généralement des réserves d'eau et d'énergie qui leur permettent de survivre quelque temps lorsqu'elles sont séparées de la plante. Si les conditions sont bonnes, elles auront donc le temps de réagir et de produire des racines, puis une tige et enfin des feuilles afin de devenir une plante indépendante.
Plusieurs de nos plantes d'intérieur peuvent se reproduire à partir de feuilles. On connaît surtout la violette africaine, mais le même phénomène se produit chez le gloxinia, le pépéromia, plusieurs bégonias et toute une sélection de plantes succulentes: crassula, kalanchoé, sédum, sansevière, etc. Examinons donc trois cas différents pour bien saisir le phénomène.
Une feuille qui tombe…
Certaines plantes succulentes, comme le crassula et le sédum (et surtout le sédum queue-d'âne!), ont des feuilles charnues qui tombent au moindre toucher. Comme la nature ne fait jamais rien pour rien, le fait que ces feuilles se détachent aussi aisément indique justement une propension à la multiplication. Dans la nature, en effet, il suffit du passage d'un animal pour transporter des feuilles aux quatre vents… et celles qui tombent dans des emplacements appropriés deviennent de nouvelles plantes.
À la maison, vous pouvez facilement suivre le phénomène de près. Détachez une feuille saine de votre «plante jade» ( Crassula argentea ) et placez-la sur le rebord d'une fenêtre. Oui! Carrément sur le rebord, sans terre ni eau! Dans quelques semaines de minces racines se développeront de la pointe de détachement de la feuille, formant après quelques temps une touffe de «cheveux» entremêlés, puis un bourgeon minuscule: le germe d'une nouvelle plante. Sans terreau, par contre, le phénomène s'arrête là, car, sans source d'eau et de nourriture, la feuille finira par sécher. Par contre, si vous placez à ce moment la feuille sur la surface d'un pot rempli de terreau, les racines iront d'elles-mêmes se creuser des trous dans le sol et bientôt le bourgeon se changera en bébé plante. Il suffit de l'arroser de temps à autre et vous aurez bientôt une deuxième belle grosse plante jade pour décorer votre maison. Essayez la même chose avec d'autres crassulas, un sédum, un kalanchoé, etc.
Une feuille à garder humide
Ce ne sont pas toutes les feuilles qui peuvent se bouturer à sec, cependant. La violette africaine est un bon exemple d'une plante qui exige davantage d'humidité. Enlevez une feuille saine et recoupez son pétiole à 45° pour éliminer toute irrégularité qui pourrait provoquer une pourriture. Insérez le pétiole dans un terreau pasteurisé humide et recouvrez le contenant d'un sac de plastique transparent, plaçant le tout sur le rebord d'une fenêtre légèrement ombragée ou sous une lampe fluorescente. En quelques semaines ou quelques mois (le temps nécessaire varie selon la saison et l'état de la feuille), non seulement une mais plusieurs plantes apparaîtront au niveau du sol. Démêlez-les et empotez-les individuellement: dans aussi peu de temps que six mois, vous apercevrez les premières fleurs.
Vous pouvez même bouturer des feuilles de violette africaine dans l'eau… mais il faut les transférer dans un bon terreau dès que les premières racines apparaissent, car les jeunes plants cultivés trop longtemps dans l'eau ont tendance à pourrir lorsqu'ils sont plantés.
Plusieurs bégonias (surtout ceux à grandes feuilles), le gloxinia et la sansevière se reproduisent de la même façon. Vous pouvez même découper leurs feuilles en sections: chaque morceau produira une nouvelle plante!
Des bébés en l'air
Le dernier phénomène est plutôt inusité, mais est particulièrement fascinant à observer: la production de bébés plantes directement sur les feuilles d'une plante vivante. Il se limite, pour l'essentiel, à quelques kalanchoés ( Kalanchoe , aussi appelé Bryophyllum ). Chez ces plantes succulentes, le pourtour de la feuille s'entoure de petites plantules, chacune équipée de racines. Il suffit d'un rien pour que les plantules se détachent… et elles ont vite fait de s'enraciner dans le sol environnant. Pas surprenant, donc, que ces plantes soient de véritables mauvaises herbes dans la nature. Attention! Elles réussiront à envahir vos autres pots de plantes d'intérieur aussi!
Le tolmiéa ( Tolmiea ) est une autre plante d'intérieur qui fait des bébés sur ses feuilles, mais ces dernières ne se détachent pas aussi facilement que les plantules du kalanchoé. C'est plutôt que la feuille porteuse d'un bébé devient de plus en plus lourde, se penche vers le sol… et le bébé prend alors racine! En culture, il suffit de détacher la feuille porteuse d'un bébé et de la presser contre la surface d'un terreau humide pour que le bébé forme une nouvelle plante.
Curieux, n'est-ce pas, que le règne végétal? Quand il s'agit de se reproduire, il ne manque pas de phénomènes fascinants pour nous épater!